40 km de lutte entre houle, venin et volonté pure
Si mes défis en Bretagne m’ont appris à dompter le froid, la traversée du canal de Sainte-Lucie m’a confronté à une autre forme d’hostilité : celle d’une nature tropicale aussi belle que redoutable. Relier ces deux îles, c’est s’attaquer à un détroit où l’Atlantique et les Caraïbes se rencontrent dans un tumulte permanent.
11 Heures de combat en pleine mer
Réaliser cette traversée en 11 heures constitue encore aujourd’hui la performance de référence. Ce n’est pas seulement une question de vitesse, c’est une question de résistance. Contrairement à d’autres parcours, ici, il n’y a pas de « cadeau » de la part de l’océan.
Q : Quelle était la principale difficulté de navigation sur ce parcours ?
Gilles Rondy : « Le courant de travers. Pendant 40 kilomètres, vous n’avez jamais de courant favorable. Vous vous battez contre une dérive constante avec une houle hachée, des vagues de 1,50 m à 2 m qui vous frappent sans relâche. Chaque mouvement de bras doit compenser la force de la mer qui tente de vous dévier de votre trajectoire. »
Le tournant : Le banc de méduses
Le moment le plus critique est survenu après six heures d’effort. En plein milieu du canal, je me suis retrouvé plongé dans un banc de méduses massif. Pendant vingt minutes, j’ai subi des brûlures incessantes. Mais le pire n’était pas la douleur cutanée.
Q : Comment gère-t-on l’après-piqûre quand on est encore en pleine mer ?
Gilles Rondy : « C’est là que l’aventure a failli basculer. Le venin a provoqué une réaction violente. Pendant plus d’une heure et demie, j’ai été pris de vomissements incontrôlables en nageant. Mon corps rejetait tout, mon énergie s’effondrait. Dans ces moments-là, vous ne nagez plus avec vos muscles, vous nagez avec vos tripes. Il faut accepter de souffrir, d’être vide, et de continuer à avancer malgré tout. »
L’arrivée : Une terre qui se refuse
La fin de la traversée est un supplice psychologique. On voit les côtes de la Martinique de très loin, mais elles semblent ne jamais se rapprocher. À l’approche du rivage, les courants côtiers deviennent souvent défavorables, transformant les derniers kilomètres en un sprint final épuisant alors que le corps est déjà à bout de forces.
Ce qu’il faut retenir de ce défi :
- La Distance : 40 km en pleine mer ouverte.
- Le Mental : Surmonter un choc toxinique (méduses) sans s’arrêter.
- Le Record : Une marque de 11 heures qui témoigne de l’intensité de l’effort fourni.
« La Martinique ne se donne pas, elle se mérite. Après avoir traversé ce banc de méduses et combattu les nausées, toucher le sable martiniquais n’était plus seulement une performance sportive, c’était une libération. » — Gilles Rondy

