Santa Fe – Coronda (Argentine)

Le Marathon du Fleuve, entre Santa Fe et Coronda, est souvent décrit comme la plus belle course du monde. Gilles, comment décrirais-tu l’ambiance qui règne sur ces 57 km ?

C’est une aventure unique. On nage dans une véritable communion : il y a des spectateurs partout, sur les berges comme dans l’eau. La ferveur est telle que les supporters s’approchent parfois un peu trop près en bateau ! Une fois, j’ai même percuté le moteur de l’un d’entre eux. Heureusement, là-bas, les hélices sont protégées par des grilles pour éviter de blesser les nageurs. C’est cette proximité extrême, ce mélange de bruit et de passion, qui donne à cette course son supplément d’âme.

Sur le plan technique, on imagine que nager dans le Rio Paraná n’est pas de tout repos. Quelles sont les principales difficultés liées au fleuve lui-même ?

L’eau est à bonne température, mais le défi est ailleurs. D’abord, il y a la visibilité : elle est nulle. On ne voit même pas son propre coude dans ces eaux ocre, ce qui rend la navigation et le placement par rapport aux autres nageurs très complexes. Ensuite, il y a la gestion du courant. C’est paradoxal, mais plus le courant va vite, moins on a d’appuis dans l’eau. On a l’impression de nager « dans le vide », ce qui exige une adaptation technique constante et rend la nage particulièrement éprouvante physiquement.

Au-delà de l’effort physique intense, quel est l’impact d’une telle immersion sur l’organisme ?

C’est une course dont on ne sort pas indemne. Si la qualité de l’eau n’est pas un obstacle majeur pendant l’effort grâce à l’adrénaline, elle reste assez polluée. On sait d’avance qu’en nageant des heures dans ce milieu, on risque de payer l’addition après l’arrivée. Il est très fréquent de souffrir de troubles digestifs sérieux une fois la ligne franchie. C’est le prix à payer pour dompter ce géant, mais la beauté de l’épreuve et l’accueil des Argentins font que l’on oublie vite ces désagréments pour ne garder que le souvenir d’une traversée légendaire.